5ème édition de l’international CSR Power Forum
À l’occasion de la 5ème édition de l’international CSR Power Forum (Forum international de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE)) sous le thème « Décarbonation de l’entreprise : quelle stratégie pour repositionner l’économie tunisienne », la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) a réaffirmé son engagement en faveur d’un système financier aligné avec les objectifs climatiques et d’un modèle d’investissement à impact capable d’accélérer la transition durable en Tunisie.
L’ouverture officielle s’est faite sous l’égide De M. Samir Abdelhafidh, ministre de la Planification et de son Excellence M. Giuseppe Perrone, Ambassadeur de l’Union Européenne en Tunisie.
Intervenant lors du premier panel institutionnel consacré à « l’alignement du système financier avec les objectifs climatiques : politiques publiques, régulation et rôle du secteur financier », Mme Néjia Gharbi, Directrice Générale de la CDC a souligné que les flux financiers mondiaux demeurent encore insuffisamment orientés vers les objectifs climatiques, malgré les constats formulés par le GIEC et la mobilisation croissante des institutions financières internationales et des régulateurs.
En Tunisie, plusieurs initiatives structurantes ont été lancées afin d’accompagner cette transformation, notamment les travaux relatifs à la taxonomie climatique et au guide de décarbonation des portefeuilles des institutions financières, auxquels la CDC contribue activement. Toutefois, au-delà des intentions stratégiques affichées, le principal défi demeure aujourd’hui celui de l’opérationnalisation.
Mme Gharbi a rappelé qu’en tant qu’investisseur d’intérêt général et bras financier de l’État, la question climatique constitue un axe central de sa stratégie 2026-2030. L’institution intègre désormais le risque environnemental comme une composante essentielle du risque financier à travers un système de gestion environnementale et sociale déployé sur l’ensemble de ses processus d’investissement. Cette approche permet d’évaluer les impacts environnementaux dès la phase de conception des projets et tout au long de leur cycle de financement. La démarche d’accréditation de la CDC auprès du Green Climate Fund (GCF) a également permis de renforcer les capacités techniques de l’institution et d’aligner ses pratiques sur les standards internationaux.
S’agissant des instruments de financement de la transition, la CDC a mis en avant son rôle d’investisseur patient, intervenant en equity et quasi-equity afin d’absorber une partie des risques liés aux projets de transition, souvent caractérisés par des rendements différés. Cette posture permet de catalyser l’investissement privé et de rassurer les co-investisseurs.
La CDC a également insisté sur son rôle de tiers de confiance dans la mobilisation des financements climatiques internationaux. L’obtention imminente de l’accréditation GCF devrait ainsi permettre de renforcer l’accès de la Tunisie aux fonds internationaux dédiés à la transition écologique.
Dans cette dynamique, la CDC a engagé plusieurs initiatives innovantes, notamment la préparation d’un cadre d’émission de green bonds ainsi que le déploiement du programme GreenTech destiné à financer des modèles émergents liés à l’Agritech et à l’économie circulaire.
Les échanges ont toutefois mis en évidence plusieurs défis majeurs, notamment la nécessité de structurer davantage de projets bancables alignés sur les priorités nationales en matière d’indépendance énergétique, de sécurité hydrique et alimentaire ou encore de valorisation des déchets. Les intervenants ont également insisté sur l’importance de développer des montages financiers innovants et mixtes capables de mieux répartir les risques inhérents aux projets climatiques.
En conclusion, plusieurs recommandations ont été formulées afin d’accélérer l’alignement du système financier tunisien avec les objectifs climatiques. Parmi les priorités identifiées figurent la prise en compte du risque climatique comme un risque financier majeur, la structuration rigoureuse des projets de transition, le renforcement de la confiance des investisseurs internationaux à travers la standardisation des pratiques ainsi que le développement de mécanismes de financement mixte associant capitaux publics, privés et internationaux.
En marge du forum, Mme Asma Zaouali, Responsable de la stratégie et du développement a également pris part au side event organisé par l’UGFS sous le thème « Vers une nouvelle ère de la finance verte et bleue en Tunisie », à travers un second panel consacré à « l’investissement à impact au service de la transition durable ».
À cette occasion, Mme Zaouali, a rappelé que l’investissement à impact s’impose désormais comme une composante structurante de la finance mondiale. Citant les données du Global Impact Investing Network (GIIN), les intervenants ont souligné que le secteur représente aujourd’hui plus de 1 571 milliards de dollars d’actifs, avec une croissance de 21 % depuis 2019.
Dans ce contexte, la CDC a réaffirmé sa volonté de dépasser une logique de simple gestion des risques ESG pour adopter une approche proactive visant la création d’impacts sociaux et environnementaux positifs, parallèlement à la rentabilité financière. Cette démarche repose sur un référentiel de management de l’impact aligné sur les standards internationaux tels que l’OPIM, l’IMM et les indicateurs IRIS+.
Concrètement, la CDC veille à aligner ses objectifs d’impact avec les priorités nationales de développement pour la période 2026-2030, notamment la création d’emplois durables, l’inclusion des jeunes et des femmes, l’égalité des genres ainsi que la résilience climatique.
L’institution a également développé plusieurs outils opérationnels, dont une politique genre intégrée aux processus d’investissement ainsi qu’un Green Bonds Framework permettant d’évaluer précisément le caractère vert des projets financés.
Au niveau opérationnel, la CDC intègre l’analyse des impacts socio-économiques et environnementaux dans l’ensemble de ses interventions, qu’elles soient directes ou indirectes. Elle publie annuellement les résultats et impacts générés dans son rapport d’activité, dans une logique de transparence et de redevabilité.
La CDC a par ailleurs mis en avant son rôle dans la structuration de programmes à fort impact tels qu’ENLIEN et FAST, qui ont placé l’approche genre et l’impact social au cœur de leur stratégie. Forte de ces expériences, l’institution déploie aujourd’hui une nouvelle génération de programmes, notamment GreenTech dédié à la transition environnementale et WATANI axé sur l’inclusion sociale et économique des jeunes et des femmes dans les régions.
Enfin, les discussions ont permis d’identifier plusieurs priorités pour les prochaines années, notamment l’amélioration de la fiabilité et de la transparence des données d’impact, la standardisation des reportings des partenaires ainsi que la digitalisation du suivi des indicateurs. Les participants ont également appelé à l’institutionnalisation d’un cadre permanent de concertation entre investisseurs afin de favoriser le partage des bonnes pratiques et renforcer l’alignement avec les politiques publiques de développement durable.