Programme FAST

Projet FAST : Femmes et accélération pour les start-ups et TPE: Quelles contributions à la dynamisation de l’écosystème de l’entrepreneuriat féminin en Tunisie ?

Dans le cadre de l’initiative JET (Jeunesse, Entrepreneuriat et Numérique en Tunisie), le projet FAST financé par l’Agence Française de Développement (AFD) et mis en œuvre par la Caisse des Dépôts et Consignations Tunisienne (CDC) avec l’appui technique d’Expertise France est un projet qui succède au projet ENLIEN mis en œuvre par la CDC avec l’appui technique d’Expertise France mis en œuvre depuis octobre 2019 et dont la fin est prévu pour novembre 2021.

L’accord de partenariat pour ce nouveau projet d’un montant de 4,6 millions d'euros a été signé le jeudi 25 mars 2021 entre l'Agence française de développement (AFD) et la Caisse des dépôts et consignations tunisienne (CDC) et cette dernière aura pour mission la mise en œuvre de ce projet avec l'assistance technique d'Expertise France.

Ce projet d’une durée de 36 mois (de mars 2021 à février 2024) vise à accompagner le renforcement et la structuration de l'écosystème de l'entrepreneuriat en Tunisie, en ciblant en particulier, à travers des appels à propositions, les initiatives portées par les acteurs de la société civile économique : secteur privé, associations, universités, écoles d'ingénieurs et de commerce, centres de recherche, ainsi que les partenariats publics - privés sur les trois volets suivants :

- Volet 1 : Soutenir des programmes d’accélération permettant un effet de levier financier : le projet FAST financerait l’accompagnement technique proposé par des structures d’accompagnement (accélérateurs) et ces accélérateurs financés apporteraient du financement en equity, prêt ou toute autre modalité que l’accélérateur pourra proposer, pour les bénéficiaires finaux du programme. Les accélérateurs financés seront encouragés à proposer des programmes permettant l’appui à des projets portés par des femmes.

- Volet 2 : Appuyer des structures d'accompagnement d'initiatives entrepreneuriales en incubation, portées exclusivement par des femmes et en région, hors du grand Tunis.

- Volet 3 : Appuyer des programmes permettant de renforcer la création de liens entre les start-ups/TPME et les ETI/grandes entreprises pour accélérer le développement de l’activité de ces TPE/startup.

Le projet contribuera à renforcer et pérenniser la structuration de l’écosystème de l’entrepreneuriat en Tunisie par la levée des principaux freins que rencontrent les porteurs de projets et les PME : les besoins en accompagnement et en mobilisation de financements. Le projet s’attachera plus particulièrement à favoriser le développement de l’entrepreneuriat féminin.

Alors que l’entrepreneuriat féminin sera au cœur du volet 2, FAST devra favoriser la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes dans l’intégralité de ses activités que ce soit par l'incitation à appuyer des projets portés par des femmes ou par l'intégration de problématiques de genre dans les actions d'assistance technique.

 

Volet 1 : Programmes d’accélération

Les entrepreneurs sont à la demande de plus d’initiatives au stade d’accélération. Il y a très peu de programmes d’accélération, l’objectif de ce volet serait d’encourager les acteurs existants à proposer davantage d’initiatives. Ce volet pourrait également inciter des incubateurs en début de chaîne à se développer sur d’autres programmes.

Alors que les incubateurs accueillent des projets dans leur phase initiale de création, fournissent locaux et services aux jeunes entrepreneurs qu'ils hébergent ; les accélérateurs de start-ups s'adressent aux entreprises existantes. Ayant chacune leurs spécificités, elles accompagnent les entreprises qui ont déjà développé leur produit et ont déjà des clients à l'accélération, à la levée de fonds et l'internationalisation. Certaines proposent un accès au financement, via des prises de participation au capital ou des facilités pour accéder aux fonds d'investissement partenaires des programmes.

L'accès au financement reste cependant un enjeu pour la plupart des Start-ups, et d'une façon générale pour les entreprises innovantes. Les mécanismes actuels sont peu adaptés au lancement de nouveaux produits ou services innovants et les fonds d'investissement présents dans le pays ne couvrent que peu le early stage et les start-ups ont souvent des difficultés à trouver des fonds d'amorçage.

Volet 2 : Entrepreneuriat féminin

L'entrepreneuriat des femmes en Tunisie reste faible relativement à la proportion de femmes diplômées de l'enseignement supérieur. Peu de femmes dirigent des entreprises, en particulier dans les secteurs à forte productivité.

Le climat réglementaire pour la création d'entreprises est globalement plus favorable aux femmes en Tunisie que dans les autres pays de la région et les femmes ont accès sans discrimination de droit aux services publics d'accompagnement à l'entrepreneuriat.

La participation des femmes au service des structures publiques d’appui à l’entrepreneuriat est élevée (formation et accompagnement). Les structures publiques d’appui à l’entrepreneuriat n’ont généralement pas d’approche axée sur le genre et offrent leurs services de façon égalitaire aux hommes et aux femmes. La proportion des femmes qui en bénéficient est importante. Les femmes représentent plus de la moitié des participants aux activités de formation, mais disparaissent au fur et à mesure de la chaine de valeurs. Les projets portés par les femmes ont plus de difficultés à passer de la pré-incubation à l’incubation.

Il y a peu de services d’accompagnement destinés spécifiquement aux femmes, avec une portée limitée en matière d’offres de services et de couverture et pas d’accélérateurs spécifiques aux femmes. Les projets portés par des femmes sont pourtant souvent perçus comme les meilleurs par les dirigeants des incubateurs.

Cela peut être expliqué par un manque de réseautage et/ou une pression sociale familiale forte (garde d’enfants, équilibre famille-travail, manque de soutien du conjoint, place de la femme dans le ménage, etc.). Les structures publiques d’appui offrent des services qui ne prennent pas en considération de l’aspect du genre. Ces services ne ciblent pas les besoins spécifiques des femmes (tels que le développement de la prise d’initiatives, de la confiance en soi, le développement personnel…). De plus, il n’existe pas de programmes d’incubation spécifiques/sectoriels. Les femmes ont tendance à s’orienter vers certains secteurs : santé, alimentation, design, formation, coaching...

C’est pour cela que le projet FAST prévoit de lancer un appel à initiatives afin d’appuyer des structures d'accompagnement d'initiatives entrepreneuriales en incubation, portées exclusivement par des femmes et en région, hors du Grand Tunis. Ces initiatives pourraient lier accès au financement, accompagnement et renforcement des soft skills. Il existe un réel besoin de soutien au réseautage, au développement des soft skills afin d’encourager les femmes à aller de l’avant et à renforcer sa confiance en soi. Les femmes sont compétentes, mais il faut renforcer leur décision d’entreprendre pour augmenter leur participation dans les programmes d’incubation et pré-incubation. Il existe également une opportunité de proposer des programmes plus spécifiques (agriculture, industriel, électronique etc.).

En outre, ce volet vise à soutenir des initiatives exclusivement en région. Les structures d'appui à l'entrepreneuriat sont largement centralisées au niveau du Grand Tunis, même si certaines villes, comme Bizerte, Sfax, ou Sousse, bénéficient également de la dynamique actuelle. En dehors d'initiatives publiques telles que le réseau national des pépinières ou les centres d'affaires, dont les performances demeurent souvent limitées, et le déploiement des institutions de microfinance, les régions de l'intérieur du territoire tunisien restent encore relativement mal desservies en termes d'appui à l'entrepreneuriat, et plus spécifiquement de soutien et de mise en place d'un environnement favorable au développement des start-ups. Une étude révèle que 80% des acteurs d’accompagnement offrent leur service uniquement sur le Grand Tunis. Cet appel à initiatives inciterait davantage les structures à proposer des programmes en région.

Volet 3 : Collaboration avec les grandes entreprises

En Tunisie, les grandes entreprises sont très peu actives dans l’accompagnement des jeunes pousses. Il existe certes quelques expériences qui ont été jugées réussies mais celles-ci relèvent d’une politique RSE plus que d’une logique de compétition, de sourcing ou d’investissement. L’objectif de FAST sera d’inciter les grands groupes à s’engager davantage dans le soutien à l’écosystème entrepreneurial et agir en faveur de l’innovation en proposant des programmes de collaboration avec les startups, TPE/PME.  Cela peut prendre la forme de différents types de collaboration : 

  • Corporate Venture Capital
  • Collaborations produits
  • Assistance technique
  • Espaces de coworking
  • Services de soutien aux entreprises
  • Programmes start-up
  • Incubateurs et accélérateurs
  • Concours de start-up

En outre, les start-ups qui collaborent avec des entreprises connues gagnent en crédibilité vis-à-vis de leurs clients.

Ce type de programmes est autant bénéfique pour les start-ups que pour les grands groupes. Les grands groupes peuvent s’inspirer du fonctionnement des start-up et de la rapidité d'exécution qui les caractérisent pour déployer leurs projets plus rapidement. Les collaborations avec les start-ups permettent également aux grandes entreprises d’être perçues comme plus innovantes et donc d'attirer de nouveaux talents, issus des générations Y et Z. C’est aussi un moyen de développer une culture de l'expérimentation au sein de leurs organisations et de se défaire de cette image de bureaucratie.

La CDC jouera un rôle important en sensibilisant les grands groupes en faveur de la conception de programmes d’innovation en collaboration avec des start-ups.

L'enjeu principal pour les entreprises qui proposeraient ce type de démarche pour la première fois sera donc de trouver un projet cohérent avec leurs objectifs. La période de démarrage permettra d’échanger avec les différentes parties prenantes pour définir un appel à initiatives qui répondraient aux besoins des grandes entreprises tunisiennes.